Bulletin n°178
Les amphibiens subissent de nombreuses pressions comme la disparition et la dégradation de leurs habitats terrestres et aquatiques, l’introduction d’espèces, les maladies et le changement climatique qui entrainent la disparition ou la régression des populations. De nombreuses évaluations environnementales (e.g. directives européennes, listes rouges, etc.), ou des pratiques de gestion dans des espaces protégés s’appuient sur la connaissance du statut des populations. Dans ce contexte, un consortium (SHF, CPIE, ONF, RNF et CEFE) a développé des protocoles permettant d’évaluer les tendances des communautés (ou d’espèces) d’amphibiens. Contrairement aux approches de type atlas de répartition déjà bien développées en France, ces nouveaux protocoles (dits « POPAmphibien ») s’inscrivent dans le cadre des méthodes d’occupation dynamique de sites qui permettent de modéliser les tendances de l’occurrence dans les sites aquatiques, tout en corrigeant par la probabilité de détection des espèces. Cet article présente les résultats de l’application d’un protocole POPAmphibien « communauté » en Normandie, avec l’objectif de décrire la tendance temporelle d’une communauté d’amphibiens en réalisant trois passages par an sur le terrain qui tiennent compte la phénologie des différentes espèces. Entre 2007 et 2018, 114 aires (secteurs présentant plusieurs sites aquatiques potentiellement colonisés par les amphibiens) comportant 1 255 sites aquatiques ont été suivis avec des méthodes de prospection standardisées. Les tendances des 15 taxons suivis en Normandie montrent une diminution pour neuf d’entre eux (Alyte accoucheur Alytes obstetricans, Crapaud commun/épineux Bufo sp, Grenouille rousse Rana temporaria, Grenouille verte Pelophylax kl. esculentus, Salamandre tachetée Salamandra salamandra, Triton alpestre Ichthyosaura alpestris, Triton crêté Triturus cristatus, Triton palmé Lissotriton helveticus et Triton ponctué Lissotriton vulgaris), une stabilité pour quatre espèces (Crapaud calamite Epidalea calamita, Grenouille rieuse Pelophylax ridibundus, Rainette verte Hyla arborea et Triton marbré Triturus marmoratus) et une augmentation pour deux espèces (Grenouille agile Rana dalmatina et Pélodyte ponctué Pelodytes punctatus). La dégradation des habitats, notamment dans les paysages agricoles et les changements climatiques (assèchement des sites de reproduction) affectent particulièrement les espèces comme la Salamandre tachetée Salamandra salamandra et la Grenouille rousse Rana temporaria. Les mesures de gestion (surcreusement des mares, protection des habitats) apparaissent favorables aux populations de Pélodyte ponctué P. punctatus cantonnées dans les dunes et les marais littoraux, qui sont la plupart du temps sous statut de protection. La Grenouille agile (R. dalmatina) est en progression, notamment en dehors des espaces protégés, probablement en relation avec son expansion vers le nord depuis au moins une quinzaine d’années en lien avec des conditions climatiques locales plus favorables et la présence de micro-habitats refuges. Ces résultats sont les premiers obtenus avec cette méthodologie dont le déploiement à l’échelle nationale permettra des analyses de plus en plus précises sur les facteurs, dont les pratiques de gestion, influençant la dynamique des populations des amphibiens de France.
Auteurs : Guillelme ASTRUC, Claude MIAUD, Aurélien BESNARD et Mickaël BARRIOZ
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